Le Maroc se prépare à la libéralisation du dirham - quelles conséquences ?

D’ici quelques jours, le Maroc entamera le processus de libéralisation du dirham et de flexibilisation de son régime de change. Si les analystes spécialistes du marché de change s’accordent à dire que cette flexibilisation devrait se faire progressivement, ils pensent néanmoins qu’à terme, la volatilité du dirham pourrait s’accentuer par rapport aux autres devises.

Le gouverneur de la banque Centrale Marocaine, Abdellatif Jouahri (ex-ministre des finances dans les années 80) a, quant à lui, annoncé qu’il n’y avait aucun risque de dévaluation du Dirham. Il a même qualifié  « d’attaque spéculative » les manœuvres et rumeurs alimentées par l’ensemble des banques commerciales du Maroc. Selon lui, celles-ci auraient abusé des opérations de couverture de change proposées à leurs clients ces derniers jours, obligeant l’autorité monétaire à procéder à des contrôles ponctuels.

Dans ce contexte, les sociétés importatrices et exportatrices, attentives à la gestion de leur risque de change, devraient avoir recours aux instruments de couverture. Si les instruments de couverture et plus largement les produits à terme ont été intronisés au Maroc il y a plus de 13 ans, dans l’usage, seules les grandes entreprises et PME y ont recours. Hors avec la flexibilité du Dirham, cette tendance devrait s’inverser et selon les professionnels du marché, devrait même se systématiser.

L'agence de notation Fitch Rating se veut rassurante.

L’agence Fitch Rating a publié le 19 juin une note, soulignant l’impact limité de cette réforme sur la situation macroéconomique du Maroc. Tout comme nombre d’analystes, Fitch Rating souligne que « ce nouveau régime de taux de change sera graduellement progressif » et n’entraînera qu’une légère augmentation de la volatilité.

Pour l’agence, il est très peu probable pour les banques de devoir faire face à des risques plus élevés suite à une plus grande volatilité car celles-ci sont très peu exposées aux devises étrangères dans leur activité domestique (prêts en devises étrangères principalement liés au commerce et dépôts rares).

De plus, la dette publique étant majoritairement libellée en dirham et détenue à l’échelle nationale, Fitch estime que « les finances publiques et l’accès au marché ne devraient pas être significativement affectés ».

Cependant, un affaiblissement du Dirham n’est pas totalement exclu et affecterait en priorité les petits et moyens importateurs. Mais pas d’inquiétudes majeures là non plus ! Toujours selon Fitch, ces entreprises pourraient rapidement transférer les coûts d’importation en hausse à leurs clients, travaillant généralement sur des commandes à court terme.

Aujourd’hui seules de grandes entreprises, et quelques PME, voire TPE, recourent à des instruments de couverture mais leur usage devrait se systématiser, selon les professionnels des salles de marchés. Sous l’impulsion des autorités, les établissements multiplient actuellement les efforts de vulgarisation de ces produits.

La libéralisation du dirham, une opportunité pour les banques?

Concernant les banques évoluant dans le commerce de devise et offrant déjà des instruments de couverture à leurs clients, elles pourraient même, selon Fitch, bénéficier d’opportunités dues à la volatilité annoncée des taux de change. Les banques pourront ainsi étoffer leurs offres qui ne se limiteront d’ailleurs pas à la couverture du risque de change. Avec la flexibilisation, les couvertures sur taux devraient intéresser même la clientèle qui n’est pas active dans le commerce international. Il en va de même avec les couvertures de matières premières.

Certaines banques semblent repenser leur organisation et se préparer depuis quelques années pour progressivement préparer leur salle de marchés. Quoiqu’il en soit la mise en place de l’ensemble des instruments devrait se faire progressivement, le temps selon les experts que le Maroc abandonne l’adossement du Dirham à un panier de devises. Pour rappel, aujourd’hui le dirham est lié à un panier de devises composé de l'euro à hauteur de 60% et du dollar américain, 40%.

C’est à cette condition que l’émergence de tous ces instruments verra le jour  ce qui nécessitera encore quelques années. En effet, les lois sont adoptées depuis fin 2015 contrairement aux  décrets d’application. Cette nouvelle réglementation permettra de sécuriser les transactions sur les instruments de couverture, exclusivement négociées de gré à gré aujourd’hui, accentuant le risque d’insolvabilité des parties.

La gestion du risque est désormais l’activité à fort potentiel dans les prochaines années pour les acteurs du secteur financier.

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